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Le 15 mars 2003


Chevaux: la passion des pur-sang
Eleveur, il avait gagné l'estime du milieu hippique.


Jean-Luc Lagardère aimait les pur-sang car, disait-il, «ils sont la Formule 1 des courses de chevaux, ce qu'il y a de plus vif, de plus nerveux, de plus rapide». Ils l'ont fasciné dès sa jeunesse. Il a une dizaine d'années et son père l'emmène parfois sur les hippodromes. Les casaques des propriétaires célèbres, Rothschild, Boussac, le font rêver car, derrière leurs couleurs unies, il y a la marque d'un élevage, d'une entreprise familiale. Les chevaux, il les aimait pour leur façon à eux de ne jamais se plaindre, d'être dignes dans la souffrance.

Utopique. En 1966, il achète son premier yearling et, l'année suivante, un haras, le Val Henry à Livarot (Calvados). Il veut devenir un jour l'éleveur tête de liste. Dans le landerneau hippique, les spécialistes sourient. Même avec énormément d'argent, l'objectif qu'il s'est fixé paraît utopique. Mais Jean-Luc Lagardère est ambitieux. Cette nouvelle aventure, il le sait, est basée sur le long terme.

En 1981, le patron achète une seconde propriété, toujours dans le Calvados, le haras d'Ouilly, célèbre pour avoir été celui de François Dupré, l'un des plus importants éleveurs-propriétaires de l'après-guerre. Lagardère obtient aussi la casaque de ce dernier, gris perle et toque rose, abandonnant ses propres couleurs, vert et bleu. Deux ans après, en 1988, c'est sous cette casaque illustre et unie (privilège réservé aux grands de ce monde), que Res less Kara, cotée à 25 contre 1, remporte le prix de Diane. «J'ai alors ressenti un plaisir comme jamais, je dis bien jamais, de ma vie, je n'en avais vécu», affirme-t-il. La même année, il devient l'éleveur numéro un en France.

Concepteur. Pour bâtir son rêve équin, il s'est entouré des meilleurs professionnels. François Boutin et André Fabre ont été ses entraîneurs, Roland de Longevialle, le manager de son élevage. Mais Jean-Luc Lagardère ne laissait à personne le soin de décider des mariages, des croisements de sang, voulant comme dans son groupe d'entreprises, être le concepteur. Joyau de ses réflexions génétiques, Linamix remporte la «Poule d'essai des poulains», avant de devenir un chef de race reconnu, père notamment de Sagamix, vainqueur de l'Arc de Triomphe 1998 sous sa casaque. En une trentaine d'années, le capitaine d'industries a été sacré neuf fois tête de liste des éleveurs, dont sept fois consécutivement. Il a acquis le respect du milieu qui salue son élection à la présidence de France Galop en 1995 avec deux objectifs : rénover la mauvaise image des courses et décentraliser les réunions PMU. Près de 400 pur-sang composent son cheptel.

A quelques heures de remporter l'Arc de Triomphe 1998, il confiait à Paris-Turf : «Il y a dans ma démarche d'éleveur l'idée de me rapprocher de mes racines paysannes. Même si j'ai la chance de voir courir mes poulains, cela me plaît d'exprimer ma reconnaissance à la terre, pour dire : je n'ai pas oublié. Dans cet esprit de continuité, M. Dupré a souhaité être enterré dans son haras. Pour ma part, j'irai, le jour venu, rejoindre le caveau où sont déjà enterrés mes parents, à deux pas de l'entrée du haras.».

PL AT - dans HIPPISME