8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 21:51

Epsom, 2 juin 2012


Quel bonheur d' être en immersion au coeur de la ferveur anglaise pour assister au Derby sur la colline d'Epsom, la seule et véritable course mythique en Europe, en l'occurence l'événement qui va lancer le Diamond Jubilee et qui s'annonce comme un possible sacre du O'Brien Camelot. Au sujet du ce Derby anglais, un peu d'histoire avec Arnaud Poirier.



Imperial
Cette année sous un ciel gris et menaçant, il fait froid, mais peu importe, l'ambiance est incomparable. Pour apprécier le spectacle mieux vaut arriver vers 10h30 à l'ouverture des portes. Progressivement, The Hill va se charger d'une foule bien décidée à pique-niquer malgré les aléas climatiques. Les attractions y tournent à plein régime. En face des deux tribunes principales (Queen's Stand et Duchess's Stand), les bus à impériale décorés sont alignés pour offrir une vue incomparable sur la ligne d'arrivée.

Après que la Reine se soit installée dans Queen's Stand, le spectacle peut commencer. Au programme donc, en plus du Derby, six autres épreuves dont le Coronation Cup, une listed et des handicaps.

 

 

 

 

Dans les Woodcote Stakes, une listed sur 1200m pour 2 ans, c'est un pensionnaire de Richard Fahey, Euxton Hall qui est présentée comme timide favori. Bizarrement, parmi les concurrents au départ, on ne trouve pas de poulains de Richard Hannon, le grand spécialiste des 2 ans.
A l'arrivée, deux poulains, Chilworth Icon et Heavy Metal vont se livrer une belle lutte, mais des deux c'est le premier qui se montrera le plus fort sur le second en lui résistant  courageusement. Chilworth Icon fait partie de la première production de Sixties Icon jeune étalon stationné en Anglettere, lauréat du Saint Leger et qui avait terminé sixième de l'Arc de Rail Link. Sixties Icon, c'est aussi un fils de Galileo, qui a surtout réalisé ses meilleures performances sur 2400m. Surprise : au haras, il semble donner des produits précoces et très véloces et je ne serais pas surpris que l'on trouve un ou deux de ses produits venir à Deauville cet été.

Vient ensuite le Coronation Cup où Aidan O'Brien présente l'illustre St Nicholas Abbey, titulaire de quatre groupes 1 dont l'édition 2011 de l'épreuve. Sa rentrée au Curragh début mai a été bonne, sans plus, ayant été battu par le modeste compagnon de boxe Windsor Palace. Pour autant, il est ultra favori et personne ne doute de sa victoire. Dans le rond de présentation qui est ici une aire gazonnée spacieuse et sobre, Aidan O'Brien prépare méticuleusement son champion.
Sur la piste, il va réaliser une vraie démonstration de classe et de supériorité. Quasiment dernier à Tatenham Corner, il va aborder la ligne droite en pleine piste distançant assez facilement ses adversaires sans produire d'efforts inconsidérés. Pour lui, la saison ne fait que commencer vraiment. Au programme peut-être le St Leger irlandais, pourquoi pas une confrontation avec Frankel sur 2000m, et plus vraisemblablement les King George puis l'Arc.

 




Juste avant le Derby se déroule un gros handicap sur 1000m avec vingt concurrents. Une vraie affaire de spécialistes typiquement anglaise. Parmi eux quelques concurrents connus car vus en France, notamment un certain Captain Dunne qui avait  tenté l'Abbaye de Longchamp et Bear Behind qui avait terminé dernier du prix de Cabourg 2011. Mais le vainqueur sera un extréme outsider, Stone Of Folca, un poulain de 4 ans qui faisait à cette occasion une grosse rentrée. Pour autant, ce n'était pas un anonyme. A 2 ans il avait failli gagner un groupe 2 à Goodwood, à 3 ans il avait tenté les King's Stand Stakes et même si on  l'avait vu à Deauville l'été dernier faire modeste dizième dans le prix du Cercle avec Stéphane Pasquier, il avait montré par le passé qu'il n'était pas dénué de qualité. Ici, il était associé à Luke Morris, jockey qui avait gagné l' Abbaye en 2010 avec Gilt Edge Girl un cheval entraîné par Clive Cox.


 

Camelot

 

 

C'est ensuite l'heure du Derby. Le défilé, l' espoir d'une envolée de Camelot vers une notoriété internationale, avec en plus une option pour tenter la Triple Couronne. Exploit qui n'a pas été réalisé depuis Nijinsky.
Ils sont huit concurrents à l'affronter. Parmi celui qui parait capable de le faire douter, il y a Bonfire qui a gagné nettement les Dante Stakes, même s'il a du résister à Ektihaam qui n'avait terminé que dernier des Dewhurst Stakes à 2 ans. Il y a aussi Astrology, un autre O'Brien qui vient de gagner en roue libre devant trois adversaires modestes. Et Main Sequence, un poulain Niarchos, invaincu en quatre sorties, qui vient de battre d'assez peu un Gosden toujours maiden.
Sa course sera limpide, nette et sans fausses notes. Patientant à l'arrière, laissant Astrology et Thought Worthy faire le train, il lui suffira de déborder ses adversaires après Tattenham Corner et de venir en pleine piste prendre le large.  Derrière lui, Main Sequence viendra coiffer Astrology sur le poteau.
Une incontestable et démonstrative victoire qui fait de lui dans l'instant le meilleur 3 ans européen, une consécration pour le jeune Joseph O'Brien et une réussite insolente pour Aidan O'Brien qui s' est approprié une à une les classiques anglaises.

 

Le lendemain, direction Chantilly, pour y suivre un Jockey Club dont on pressentait bien à l'avance qu'il nous réserverait quelques surprises avec vingt prétendants. L'ambiance y est nettement moins festive et c'est un rude décalage avec l'enthousiasme anglais.

 

Sediciosa

 

 

Avant ce pseudo-derby, le prix de Royaumont doit sacrer une bonne pouliche de 3 ans sur la distance classique. Dans cette épreuve on attend au tournant l'Aga Khan Mandistana qui vient d'être devancée par Sediciosa et Yellow and Green dans le prix de la Seine. De bons bruits circulent aussi autour de la Rohaut Indriya dont la famille maternelle a commis quelques bonnes performances dans les pays nordiques (??).
A l'arrivée, la logique du prix de la Seine sera respectée puisque Sediciosa  va devancer Yellow And Green et Mandistana. Sediciosa, entraînée par Yann Barberot, a la particularité d'être par Rail Link et d'avoir une arrière grand-mère ayant produit Neo Universe, un cheval japonais lauréat du doublé Guinées/Derby, étalon depuis depuis 2004 (père notamment de Victoire Pisa qui a gagné la Dubai World Cup l'année dernière).

  

 

 

 

Vient ensuite le prix de Sandringham qui est souvent une épreuve choisie par les pouliches ayant tenté la Poule d'Essai. Toutefois cette année, on ne trouve que deux concurrentes dans cette situation (Topeka et Zantenda). Par contre, on en trouve deux qui ont tenté les Guinées anglaises. La Rouget Mashoora et la Channon Laugh Out Loud. Et ce sont ces deux dernières qui feront l'arrivée.
Laugh Out Loud sera celle qui franchira le poteau la première, selon une technique typiquement anglaise (et largement payante ce jour-là). Prendre le commandement, laisser les petites françaises tergiverser dans son dos, et conserver son avance jusqu'au poteau.  Les deux pouliches du Sud-Ouest, Rock Me Baby et Lily America terminent bien. Par contre nouvelle déception pour Topeka et Zantenda qui n'ont même pas pu participer à l'arrivée.

 



Saonois2
 

 

Pour le Jockey Club , ce sera une autre histoire. La majorité des concurrents devant tenter de résoudre la même équation, c'est-à-dire trouver une place acceptable dans le parcours, ni devant, ni trop loin, en fonction d'un numéro dans les stalles plus ou moins favorables. Dans ces conditions pas de cadeaux. D'inévitables frictions, des choix hasardeux, un peloton sous haute tension, des nerfs qui résistent difficilement à la pression. Et à l'arrivée, un Saonois lutteur né se faufilant en évitant les pièges, comme poussé par une volonté impétueuse de porter Antoine Hamelin, Jean-Pierre Gauvin et Pascal Treyve vers une gloire méritée.
Bien évidemment, la logique d'une sélection limpide n'a sans doute pas été respectée. Mais qui peut prétendre vraiment que cette année, en l'absence d'un véritable poulain hors normes, que le résultat aurait été si différent sur la distance classique. La seule véritable interrogation concerne French Fifteen, le seul poulain présent qui avait soutenu la comparaison avec celui qui a gagné la veille le Derby anglais et dont la dixième place ne reflète bien évidemment pas sa valeur. Quant à Sofast, toujours à l'arrivée, mais ici entravé sans cesse dans sa progression, il avait peut-être là l'opportunité de prouver que ses lignes avec Dabirsim n'étaient pas usurpées. Et puis, il y aussi cet Imperial Monarch dont le rush final en pleine piste laisse entrevoir de sérieux espoirs au meilleur niveau notamment sur une distance plus longue.
La deuxième partie de la saison sera de ce fait particulièrement intéressante, car bon nombre de poulains devront prouver le réel bien-fondé de la malchance ici invoquée.

PL AT - dans CHRONIQUES