1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 14:30

Le 2 octobre 1999


Dimanche à Longchamp, plateau relevé pour l'Arc de triomphe. «Un vrai seigneur, faut pouvoir le suivre». Les progrès de Montjeu vus par son lad, Claude Lenoir.


L'animal est long, haut sur membres, qu'il a noircis jusqu'à l'intérieur des cuisses et non loin du coude. Claude Lenoir, son lad, vient de poser ses outils de pansage. Il lui passe une longe au licol, le regarde. Ils ne disent rien, mais ils savent, l'animal, qu'il va maintenant sortir, marcher une vingtaine de minutes, brouter un peu, se faire peser; l'homme, que son champion est pleine peau, bien dans sa tête, beau, une vraie peinture. Dans les reflets acajou de la robe, on pourrait voir sa propre image. Les deux quittent le box aux murs protégés de tapis-brosse et entament leur ronde quotidienne du soir autour des autres box. Les membres de l'écurie Hammond à Chantilly ne peuvent s'empêcher d'observer «leur» crack. Une véritable équipe, avec, à sa tête, Michel Dureuil, jockey d'entraînement, qui le travaille dans tous ses galops sérieux, et Didier Foloppe, son cavalier du matin, parti cet été avec lui à Deauville pour des vacances studieuses.

Car Montjeu, à l'apparente tranquillité, n'a pas toujours été aussi fort dans sa tête. On se souvient que, jusqu'à cet été, il était difficile, jour de courses, de lui mettre un jockey sur le dos. «Cet instant où l'on propulse en selle son jockey l'a toujours effrayé, dit Claude Lenoir. L'approche de la compétition l'excite. Il monte vite en pression. C'est un pur. Il veut toujours bien faire. C'est pour cette raison que quatre jours avant le prix du Jockey-Club, nous l'avons emmené sur l'hippodrome. Il a pu se rendre compte qu'un déplacement en van sur un champ de courses n'était pas forcément synonyme d'efforts.» Entre deux révolutions de cour, le lad mène Montjeu sur la balance: 497 kilos. «Il est un peu au-dessus de son poids de forme, mais il va perdre une dizaine de kilos lors de sa course de rentrée», qu'il a gagnée, il y a vingt jours. Alors qu'on lui fait remarquer que les canons (parties situées entre les genoux et les boulets, là ou sont les fragiles tendons) du crack paraissent immensément longs, Claude Lenoir atteste: «C'est qu'il est grand, un vrai seigneur, avec une amplitude, pfft, faut pouvoir le suivre. Moi, même avec le regard, j'y ai renoncé. Quand il court, je suis plus sous pression que lui. Faut que je me fasse violence pour qu'il ne sente pas ma nervosité, et je tourne le dos à l'ultime ligne droite.» Mais le regarder manger, les sabots vernis sur une litière de copeaux de bois, détend l'atmosphère.

Il mange calmement, sans le moindre empressement, confiant. En un mot, zen. Un état qu'il lui faudra avoir face à Daylami et au Japonais El Condor Pasa, ses aînés à la quiétude de vieux briscards.

PL AT - dans HIPPISME