1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 05:08


Pour un vainqueur de Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) – mâle ou femelle –, le chemin est simple et doit le mener droit vers le haras, à plus ou moins brève échéance.
Certains lauréats n’y trouvent pas leur compte et produisent relativement mal par rapport à la qualité qu’ils ont montrée en course. D’autres, en revanche, nous gratifient d’une production satisfaisante voire  exceptionnelle.

Focus sur les gagnants d’Arc ayant produit eux-mêmes des lauréats de la très grande course, mais aussi sur  quelques vainqueurs plutôt doués au haras et enfin sur la situation post-Arc des quinze derniers gagnants.


Le Club des Cinq Depuis 1920, seulement cinq lauréats du Prix de l’Arc de Triomphe ont réussi à engendrer eux-mêmes des vainqueurs d’Arc. Premier de  cette très courte série, Djebel (Tourbillon) s’est imposé dans l’édition 1942 de l’Arc. Privé de course classique à 3 ans du fait de la seconde Guerre Mondiale, Djebel s’est vengé début octobre puis a produit la très bonne Coronation (Djebel) elle-même gagnante du Prix de l’Arc de Triomphe en 1949. Devenu un chef de race, Djebel a « tracé » au haras.


Double lauréat de l’Arc en 1955 et 1956, le formidable Ribot (Tenerani) est resté invaincu tout au long de sa carrière signant aussi une victoire dans les King George VI 1956. Véritable phénomène, Ribot a engendré deux lauréats de l’Arc : Molvedo (1961) et Prince Royal II (1964). Il ne s’est donc pas contenté d’être un champion sur la piste, il a aussi été un remarquable étalon.


Cheval ailé, Sea Bird (Dan Cupid) a été pour beaucoup le gagnant d’Arc du siècle. En 1965, il a vraiment écrasé l’opposition, triomphant en toute décontraction. Il est devenu par la suite le père d’une fantastique lauréate du Prix de l’Arc de Triomphe, Allez France (Sea Bird). Si les énormes attentes placées en lui comme reproducteur ont été quelque peu déçues, il n’en est pas moins à l’origine de Little Current (Preakness Stakes et Belmont Stakes), Gyr (2e Derby d’Epsom de Nijinsky) et d’Artic Tern (père de Bering). Il faut aussi dire que Sea Bird n’aura eu que sept productions et demie – il est mort en mars 1973 – dont sept américaines. Initialement loué pour cinq pour la somme record d’1,5M$, son bail à Darby Dan Farm a été finalement prolongé de deux ans.

 

Lauréat contesté du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) en 1985, Rainbow Quest (Blushing Groom) n’a emporté le Graal que sur le tapis vert face à Sagace (Luthier), rétrogradé.
Mais il n’y a pas eu totale usurpation car il a réussi une belle carrière au haras. Il a notamment engendré un
certain Saumarez, gagnant de l’Arc en 1990 et bien d’autres lauréats de Gr1 tels que Quest For Fame  Derby d’Epsom), les propres frères Raintrap (Canadian International) et Sunshack (Coronation Cup), Sought Out (Prix du Cadran), Rainbow Dancer (Turf Handicap), etc.


 

Fils de Sadler’s Wells, Montjeu (Sadler’s Wells) a attiré les convoitises de la multinationale Colmore qui l’a acheté à Jimmy Goldsmith (Tsega Limited). Impérial dans le Prix du Jockey-Club (Gr1) et dans le Derby d’Irlande (Gr1), le partenaire de Mick Kinane s’est imposé de façon magistrale dans le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 1999 en revenant sur le fuyard, El Condor Pasa (Kingmambo). A 4 ans, il a remporté un mini Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) et les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Il a, en revanche, échoué dans sa tentative de doublé d’Arc en 2000. Au haras, on peut parler de débuts en fanfare: sa première production comprend Motivator (Montjeu), vainqueur du Derby d’Epsom (Gr1), et Hurricane Run
(Montjeu) qui sous les mêmes couleurs que son père allait enlever l’Arc à 3ans et les King George à 4 ans. Mais comme son père, il n’allait pas réussir dans sa tentative de doublé. Le sang de Sadlers Wells est donc bien gardé.
Les vainqueurs ne sont pas arrêtés là (Authorized, Scorpion, Montmartre, Frozen Fire, etc.) et Montjeu véhicule désormais avec panache le sang de Northern Dancer.


 

Des reproducteurs honnêtes
Véritable champion sur la piste, Dancing Brave (Lyphard) a émerveillé le turf en signant de brillantes  victoires comme les Deux Milles Guinées (Gr1) ou les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Dans l’Arc 1986, il n’a laissé aucune chance à ses rivaux, l’emportant avec autorité. Au haras, il s’est signalé en produisant notamment Wemyss Bight, héroïne des Irish Oaks (Gr1) en 1993 et mère de Beat Hollow (Sadler’s Wells), vainqueur du Grand Prix de Paris 2000 (Gr1), White Muzzle, deuxième de l’Arc 1993, et True Brave devenu bon reproducteur en obstacle.


Tony Bin (Kampala) faisait partie de ces braves compétiteurs dont le courage égalait au moins la qualité intrinsèque.
A 3 ans, lors de sa première tentative dans le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), il prit le premier accessit derrière Trempolino (Sharpen Up). Un an après, il trouva la consécration en enlevant la grande épreuve. Il est le dernier vainqueur italien de notre grande épreuve internationale. Au haras, au Japon, il a produit des chevaux tels que Jungle Pocket, qui a apporté à Olivier Peslier sa toute première Japan Cup (Gr1) en 2001, et Telegnosis très bon miler qui fut troisième du Prix Jacques Le Marois (Gr1).

 

 

Un cas à part
Lauréat du Prix de l’Arc de Triomphe en 1944 après avoir réussi l’incroyable série constituée des Prix de Guiche, Greffulhe, Hocquart, Lupin et du Jockey-Club, Ardan (Pharis) a eu un destin atypique. En effet, le cheval de Marcel Boussac a continué à courir à 4 ans prenant même la deuxième place de l’Arc 1945. Le doublé n’était pas loin.
Il s’imposa cette année-là dans le Grand Prix de Saint-Cloud et revint en 1946. Alors qu’il avait remporté la
Coronation Cup à Epsom, Ardan joua le rôle de… leader dans l’Arc 1946, et réussit malgré tout à conclure à la quatrième place, signe d’un courage et d’une classe exceptionnels.



Les quinze derniers vainqueurs : haras direct ou prolongations
Parmi les quinze derniers vainqueurs de l’Arc, si la majorité a intégré le haras aussitôt son titre acquis, d’autres ont prolongé leur carrière d’une autre saison. C’est ce qu’on pourrait appeler l’itinéraire bis.
Héroïne du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) en 1993 après avoir eu un parcours en or donné par Eric Saint-Martin le long de la corde, Urban Sea (Miswaki) est devenue une matrone au haras, engendrant des chevaux tels que My Typhoon (Giant’s Causeway), Melikah (Lammtarra) placée des Oaks d’Epsom (Gr1) en 2000, Black Sam Bellamy (Sadler’s Wells) vainqueur de la Tattersalls Gold Cup (Gr1), All Too Beautiful (Sadler’s Wells) et surtout le champion Galileo (Sadler’s Wells), gagnant des Derbies d’Epsom et d’Irlande (Gr1) ainsi que des King George (Gr1). La protégée de Jean Lesbordes qui n’a cessé de progresser au cours de sa  carrière aura marqué l’Arc et l’élevage qui en est, en quelque sorte, la finalité.

SEA THE STARS

 


1994 c’est l’année du second succès dans l’Arc du tandem Fabre-Jarnet avec Carnegie (Sadler’s Wells) qui battait le vainqueur du Prix du Jockey-Club (Gr1), Hernando (Niniski). Arrivée très serrée dans cet Arc. Carnegie rempila pour une dernière saison de course, à 4 ans et conclu notamment troisième du Breeders’ Cup Turf (Gr1) en 1995. Devenu étalon il exerça ses talents à l’étranger mais n’a pas laissé une trace indélébile dans cette fonction.


Lammtarra (Ninjinski)  est arrivé invaincu sur l’Arc 1995 et l’est resté. Héros de l’Arc, du Derby d’Epsom et des King Georges (Gr1) notamment, le pensionnaire de Saeed Bin Suroor n’a pas non plus réussi une grande carrière au haras.


Elevé par le haras de la Louvière, Hélissio (Fairy King) a  triomphé dans l’Arc 1996 de bout en bout. Après avoir tenté sa chance dans la Japan Cup (Gr1), il a disputé la Dubai World Cup (Gr1) et a enchaîné jusqu’à sa sixième place dans l’Arc 97. Etalon au Japon, comme bon nombre de gagnants d’Arc, il a connu – pour l’instant – un succès relatif au haras.


Peintre Célèbre (Nureyev) reste comme nous l’avons dit un vainqueur d’Arc absolument hors norme. Après sa brillante saison 97, ponctué du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), le pensionnaire d’André Fabre s’apprêtait à faire sa rentrée dans le Prix Ganay (Gr1) lorsqu’il s’est blessé, étant contraint d’arrêter sa carrière. Placé en Irlande, chez Coolmore, il a produit notamment Belle et Célèbre (lauréate du Prix Saint-Alary, Gr1), Millionaia (deuxième du Prix de Diane, Gr1), Dai Jin (héros du Derby allemand 2004), Super Célèbre (deuxième du Prix du Jockey-Club 2003, Gr1) et bien sûr Vallée Enchantée (héroïne du Hong Kong Vase, Gr1). Sans avoir produit un cheval de sa dimension (était-ce possible ?), il a une production régulière de bon niveau.


1998 c’est l’année de Sagamix (Linamix), un pur produit de l’élevage Lagardère. Invaincu avant l’Arc, il l’est resté après au prix d’un grand courage. Vendu à l’écurie Godolphin pour le reste de sa carrière, il ne put retrouver son vrai niveau et entra au Haras en France où il possède une production mixte plat/obstacle avec plusieurs références de black-type.

 


 L'année 2000  a mis en valeur Sinndar (Grand Lodge), un champion qui avait réussi le doublé des Derbies, anglais et irlandais avant d’enlever l’Arc. Sa carrière s’arrêta sur cette course puisqu’il devint étalon pour son propriétaire, Son Altesse l’Aga Khan. Il a produit notamment Youmzain, candidat au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 2008, Shawanda, brillante lauréate des Oaks d’Irlande (Gr1) et du Prix Vermeille (Gr1) en 2006 et Visindar, cinquième du Derby  l’Epsom en 2006.



L’écurie Godolphin remporte son premier Arc en 2001 avec Sakhee (Bahri). Deuxième du Derby d’Epsom (Gr1) de Sinndar, il enlève en 2001 les Juddmonte International Stakes (Gr1) puis l’Arc avec une grande facilité, sur un terrain très lourd.
Deuxième du Breeders’ Cup Classic en fin d’année, il est battu par deux fois en 2002 et se retire. Dans sa production, on note les noms de Sakhee’s Secret, qui fait partie des bons sprinters anglais et de Shujoon, vu au niveau des Listeds en France.


2002, c’est une nouvelle victoire pour l’écurie de Dubaï.
Marienbard (Caerleon) piloté avec doigté par Lanfranco Dettori se faufile le long de la corde et triomphe sûrement. Retiré au haras au Japon suite à son exploit, Marienbard n’a pas encore produit de sujet sortant de l’ordinaire.

 

 

Dalakhani (Darshaan) est « LE » cheval de l’année 2003. Même s’il est vaincu, avec des circonstances atténuantes dans le Derby d’Irlande (Gr1) par son compagnon de casaque Alamshar (Key of Luck), il  emporte le Jockey-Club et l’Arc. Au haras, ses produits se révèlent très vite et il compte dans sa première production (3ans cette année) deux titulaires de Gr1 : Moonstone et Conduit. Auxquels il faut ajouter Centennial (Great Voltigeur Stakes), Gr2), Démocrate (Prix Hocquart, Gr2) ou Shemima (Prix de Lutèce, Gr2).


Bago (Nashwan), monté par Thierry Gillet, a gagné le Prix de l’Arc de Triomphe 2004 (Gr1). Vainqueur classique à 2ans (Critérium International, Gr1) et à 3 ans (Prix Jean Prat et Grand Prix de Paris, Gr1), le pensionnaire de Jonathan Pease s’est imposé sûrement devant Cherry Mix (Linamix). A 4ans, il s’est classé troisième de l’Arc et des King George avant d’intégrer le haras. Sa production est encore trop jeune pour être jugée.

 


Hurricane Run (Montjeu) a soufflé sur Longchamp le premier dimanche d’octobre 2005. Après une belle année, qui l’a vu enlever le Derby d’Irlande (Gr1) et l’Arc, il a ensuite remporté les King Georges (Gr1) en 2006 avant de terminer quatrième lors de sa tentative de doublé d’Arc. Comme son père. Il est donc devenu étalon à 5 ans.

 

Cheval tout neuf, Rail Link (Dansili) enlève en juillet le Grand Prix de Paris (Gr1) puis le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Alors qu’il devait faire sa rentrée à la fin du printemps 2007, celle-ci est reportée à plusieurs reprises. On ne le reverra plus en compétition et il restera sur sa victoire prestigieuse.

 

En 2007, Dylan Thomas (Danehill) a enlevé un Arc qui semblait promis à Manduro (Monsun) avant que ce dernier ne s’accidente. Gagnant, entre autres, des King George (Gr1) et de l’Irish Derby (Gr1), ce 4ans a également triomphé par deux fois dans les Irish Champion Stakes (Gr1).
Vrai champion aimant le bon terrain, le protégé d’Aidan O’Brien devait courir la Japan Cup (Gr1) mais a connu des soucis liés aux conditions sanitaires. Il s’est alors rabattu sur la Hong Kong Vase (Gr1) dans lequel il a échoué.
Comme tous les lauréats depuis Dalakhani, Dylan Thomas a donc été en piste jusqu’à l’âge de 4 ans.

 

Jour de Galop 2008

 

 

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