1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 14:08

Le 6 octobre 1997


Peintre Célèbre maître de l'Arc.  Le cheval de 3 ans a humilié ses aînés hier à Longchamp.


«Messieurs de la première, c'est l'heure», dit l'homme au talkie-walkie. Il est 13 h 38, hier, dans le vestiaire des jockeys de l'hippodrome de Longchamp. Dans moins de trois heures partira l'épreuve la plus palpitante des pur-sang, le prix de l'Arc de triomphe.

Dominique Boeuf, jockey du tenant du titre, Hélissio (Libération de samedi-dimanche), ajuste ses lunettes, prend un Perrier, fait un petit trou sur le couvercle avec une paire de ciseaux, aspire la boisson, puis après quelques échauffements, lance, en faisant tournoyer sa cravache: «Allez c'est parti.» Et disparaît vers l'escalier de verre qui mène dans l'arène, colorée par plus de 30 000 spectateurs. Excepté les écrans de télé qui retransmettent les épreuves, la tension extérieure ne perturbe pas le dressing des pilotes. Des lunettes, des élastiques, des casaques disposés selon l'ordre de la course, pendent dans leur casier. Les jockeys anglais, regroupés, se préparent en papotant plus sobrement que s'ils étaient dans une cathédrale.

Les Français ne montant pas dans la première se lèvent comme un seul homme lorsque, via les écrans, Dominique Boeuf ôte dans la dernière foulée la victoire à l'Italo-Anglais, Lanfranco Dettori: «1 à 0, au moins on sera pas fanny.» Les athlètes de retour, cela s'agite. L'un de leurs aînés, Alain Badel, montre son genou violacé, presque à sang par la faute d'un jeune rival: «Son cheval était à deux mètres du mien, il trouve le moyen de me cravacher. Ils font tous du yoga les jeunes, mais s'ils s'appartiennent plus pour un prix de 140 000, j'vous dis pas comment ça va être dans l'Arc.» Avec cette victoire, Dominique Boeuf se détend: «Quand t'as le cheval pour le faire, c'est facile.» Et Claude, son valet, chargé de sa garde-robe professionnelle d'ajouter: «Le cheval fait le bon jockey mais celui-ci fait le reste.»

Pendant ce temps, Olivier Peslier, la cravache d'or, vainqueur de l'Arc l'an dernier sur Hélissio, et qui cette année monte Peintre Célèbre, fait une démonstration de surf sur le carrelage. Dès demain il va mettre à profit deux jours sans courses pour caresser les vagues de Biarritz. Boeuf, lui, parle foot, son hobby. Dettori, était la veille chez Peslier. Ils se sont fait un repas léger. Il est question de sauternes, foie gras, saint-émilion 73. «Mon moral, dit la cravache d'or, dépend de ce que qu'il y a dans mon frigo.» Mais on se couche tôt; onze heures de sommeil pour Dettori. Si Olivier Doleuze, lui, gagne la 3e (800 000 F au vainqueur), il est battu dans la suivante, seulement 2e (200 000F tout de même pour le propriétaire), mais son entraîneur de patron est furieux. «Je me suis fait insulter», dit l'intéressé. Le match franco-anglais est à 2 partout. «Messieurs, en selle.» Boeuf siffle sa cannette en l'écrasant, Peslier s'ausculte le visage dans un miroir, la danse des casaques disparaît avec des effets de cravache qui moulinent et claquent sur le cuir des mollets. Les non-vernis restés aux vestiaires hurlent des encouragements à Boeuf menacé dans la ligne droite, mais changent très vite de monture lorsque Peslier sur sa flèche dorée, le sculptural alezan Peintre Célèbre, transperce le peloton et file plus vite que tout le monde vers le poteau d'arrivée. Après la valse des vivas et des félicitations, à son retour aux vestiaires, Peslier rugit: «Champagne!» Ses confrères lui tombent dans les bras. Le vainqueur change de casaque et part en courant vers une autre monture. Freddy Head, retraité de 50 ans entre: «Vous avez monté une course parfaite, dit-il à Boeuf. Vous ne pouviez pas faire mieux.» Touché, le vaincu précise: «Hélissio était fatigué. A ce niveau on ne peut pas avoir trop d'objectifs dans l'année. Il a été courageux pour finir 6e. Le vainqueur est un phénomène, je ne l'ai même pas vu passer tellement il allait vite. Je n'ai pas voulu mettre une raclée à Hélissio, il ne mérite pas ça. L'année prochaine, nous gagnerons.» .

PL AT - dans HIPPISME