10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 15:01

Le 7 juin 1997


Pouliche en chaleur ne va pas à toute vapeurL'appel des sens peut perturber l'animal. Explications avant le prix de Diane.

Le prix de Diane, qui se disputera pour la 148e fois dimanche sur l'hippodrome des Condé à Chantilly, est aux pouliches ce que le Jockey Club est aux poulains. La crème de la gent «poulichistique» s'y donne rendez-vous pour le titre de reine des 3 ans. Mais, avant qu'elles ne se crêpent la crinière tout au long des 2 100 m du parcours, le turfiste avisé braquera ses jumelles sur leurs croupes. Explications" Toute moulée de son fourreau de soie, la pouliche, recluse dans son logis en forme de boîte, est rêveuse. Des pas dans la cour résonnent et s'arrêtent devant son box. Le loquet cogne contre la gâche. A cette heure où les chevaux ont mangé et où les bipèdes s'y apprêtent, elle n'attend personne. La porte s'ouvre, un grand carré de soleil s'affale sur la litière. «Tiens, mon lad!», pense-t-elle. Elle vient le renifler, ravie, «Qu'est-ce qui t'amène?» Mais, apercevant son outillage ­ sac à pansage, bandages, bride neuve, graisse à sabots, élastiques colorés pour crinière à tresser ­, elle comprend vite qu'il n'est pas là pour ses beaux yeux. Long soupir ­ «C'est bien dommage.» Pendant ce temps-là, à son insu, ses managers attablés autour de nappes ordonnées lui dessinent un plan de carrière en rêvant à leur tour qu'elle remporte le prix de Diane. Y a pas, c'est un truc qui ouvre l'appétit.

Retour à l'écurie, où le casse-dalle du lad va lui rester en travers. Ho! il ne lui faut pas longtemps pour comprendre. Déjà, quand il s'est approché en frottant l'étrille contre la brosse, sa championne a frémi. D'habitude, elle couche les oreilles. Aujourd'hui, non. Elle le fixe de ses grands yeux, lueur concupiscente en supplément. Il attaque le poil d'entrée de jeu sur les reins et la garce ­ c'est vraiment pas le jour ­ se cambre sous la brosse. En tourneboulant aussitôt l'étrille sur la croupe, la chose se confirme. «Ha, ma vache!», s'exclame-t-il; et pourtant Dieu sait comme il l'aime. La pouliche est en chaleur. Faut dire que ça tombe vraiment mal, six mois qu'on l'entraîne pour ça, pense-t-il tandis qu'elle colle sa cuisse contre son torse. Histoire de se faire une idée du degré de réceptivité, il pose sa main sur le haut du jarret et la remonte vers le haut et l'intérieur, là où c'est doux et tiède comme la gorge d'une colombe. Ha! la chèvre se met à pisser comme une diva. Le môme en chialerait. Adieu, le p'tit pourcentage de cour, les gains au PMU et la piécette des proprios, du jockey, va savoir" Il suffit d'un rien pour déclencher le processus: quelques moineaux sur le dos d'une moinelle qui, dans l'écho de la sellerie, piaillent à qui mieux mieux et déplument la minette. Un rayon de soleil chauffant la lucarne et qui, sans le moindre malentendu, moire le flanc de la belle. Un nuage qui, au loin, prend des allures de Pégase. Un effluve qui titille ses naseaux, celui de l'entier qui, à l'autre extrémité de l'écurie, égaye sa mortelle jeunesse dans des plaisirs solitaires. Allons consulter le docteur Langlois, vétérinaire de l'écurie Head.

Est-ce si catastrophique que ça, une pouliche en plein milieu de ses chaleurs à quelques heures de disputer son Derby?

Généralement, la majorité des juments s'en accommodent et fournissent les performances attendues. Mais d'autres, dolentes, hargneuses ou ayant du caractère, deviennent très femelles et pratiquement inutilisables en compétition. Les chaleurs surviennent tous les 28 jours, avec des pics au printemps et en automne. Le cycle dure cinq jours, mais la comparaison avec la femme s'arrête là, car, pour la jument, la période des chaleurs veut dire qu'elle est féconde et correspond donc à celle où elle peut être saillie. L'entraînement perturbe ce cycle, surtout chez les jeunes pouliches, dont les tissus ne sont pas arrivés à maturité. Elles éprouvent des difficultés à ovuler. Mais il ne faut pas négliger la part psychologique. Ainsi, des pouliches qui le matin de la course ne présentaient aucun signe de chaleurs l'étaient en posant le sabot sur l'hippodrome.

Le profane a-t-il les moyens de repérer les concurrentes qui sont sous l'influence de leur sexe?

Leur vulve se dilate, elles la montrent aux autres chevaux, aux mâles surtout, urinent plus souvent, se campent, fouettent de la queue. Il y a une sensible modification de la muqueuse et un léger liquide rosé perle.

Peut-on retarder les chaleurs dans l'optique d'un grand rendez-vous sportif?

Oui, mais cela ne passerait pas aux contrôles antidopage. Il est plus facile de précipiter les chaleurs, à condition d'être loin de ce rendez-vous, car, à nouveau, les produits utilisés sont proches des hormones anabolisantes et donc détectables aux contrôles. La solution la plus élégante serait de faire saillir la jument. En plus, on s'est aperçu qu'une jument pleine se transformait, devenait plus belle, en un mot se métamorphosait, et ses performances s'en trouvaient souvent améliorées. Encore faut-il qu'elle soit destinée à la reproduction et qu'elle retrouve le haras au plus tard au mois d'août. Certains responsables de cour d'écurie ont des recettes de grand-mère, comme celle de badigeonner la vulve avec du Vicks (contre le rhum). Je doute sérieusement de leur efficacité. A l'inverse, un entraîneur trop angoissé à l'idée que sa jument arrive en chaleur a de fortes chances de les lui déclencher le jour de la course.

Jadis, les entraîneurs cantiliens avaient pour habitude de conduire en main jusqu'à l'hippodrome leurs élèves sabotés. Cette balade bucolique à travers les sous-bois n'influençait-elle pas les tempéraments amoureux?

Non, les chevaux ne sont pas aussi romanesques. Cette coutume ne se fait plus, car, le week-end, il y a trop de monde dans la forêt. Cependant, les chevaux sont sensibles à la luminosité et rallonger de manière artificielle le temps de lumière dans le box peut déclencher les juments plus tôt. Mais, en fait, rien ne remplace deux mois au haras. C'est vrai pour les mâles, et indiscutable pour les juments.

Les propos du vétérinaire sont étayés par le crack-jockey Olivier Peslier: «Les plus coquines ne seront guère à leur travail, les autres ne feront aucune manière, tandis que certaines, en minorité, refuseront le moindre effort.» Il se souvient avoir perdu une course imperdable sur le dos d'un favori ­ il allait par-dessus le lot à mi-ligne droite ­, lorsque la jument devant lui se mit à fouetter du panache, montrant une vulve écarlate et clignotante, surparfurmée de fragrances à damner le plus convaincu des hongres. Le partenaire du jockey, un mâle entier, refusa catégoriquement de décoller ses naseaux de cette fleur exotique.

13 partantes à Chantilly Course de 2100 m 1,4 millions de francs au vainqueur 1.Ryafan, jockey: L.Dettori 2. Darashandeh, jockey: D. Boeuf 3. Vereva, jockey: G. Mossé 4. Kassah, jockey: R.J. Hills 5. Aways Loyal, jockey: F. Head 6. Mousse glacée, jockey: T. Thulliez 7. Golden Arches, jockey: T. Gillet 8. Anna Thea, jockey: T. Hellier 9. Brillance, jockey: S. Guillot 10. Dance With Dreams, jockey: J.A. Reid 11. La Nana, jockey: O. Deleuze 12. Queen Maud, jockey: C. Asmussen 13. Palme d'Or, jockey: O. Peslier

Quatre belles à suivre Vereva. Elle a remportée ses deux premières épreuves. Elle est la petite-fille de Mill Reef, qui a remporté le Derby, l'Arc de Triomphe et de Val Divine. Du sérieux, donc, comme la casaque suspendue à son dos, celle de l'Aga Khan.

Brilliance: Elle a pour elle son expérience et de puissantes foulées quand elle décide de s'intéresser au turbin.

La Nana. Elle fait figure de gros outsider. A priori, l'ensemble du peloton va s'appliquer à la maintenir dans le lointain. La distance risque de lui paraître longuette, mais elle ne craint ni les coups, ni le stress de l'événement. Palme d'Or. Son jockey en dit le plus grand bien, et elle pimenterait quelque peu les rapports en figurant à l'arrivée.

PL AT - dans HIPPISME