25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 14:57

Le 12 avril 1997


Prix du Président: et que ça saute. Dimanche à Auteuil, la plus populaire des courses d'obstacles.


Créé en l'honneur de Félix Faure, le 14 avril 1895, le prix du Président de la République a dû attendre 1980 pour revoir un autre chef de l'Etat. En l'occurrence Valéry Giscard d'Estaing. L'histoire a retenu le nom du vainqueur, Reasonable Choice, car il était le premier pur-sang né aux Etats-Unis, fils d'un américain, à remporter le handicap le plus richement doté des steeple-chase français (600 000 F au vainqueur), dont la 98e édition se déroule dimanche à Auteuil.

La formule handicap n'est pas étrangère à cette désaffection présidentielle, car cette catégorie d'épreuves sert à merveille ce que les parieurs nomment l'heureuse incertitude du turf, soit l'imprévisible, l'illogique, bref, le jour de gloire des oubliés du peloton, éreintés du boulet, outsiders et autres tocards" Vous l'avez compris, les champions n'y brillent pas. La mythique Hyères III, qui remporta trois Grands Steeple Chases de Paris (le derby d'Auteuil), y fut battue par Caïd II à 18 contre 1 et par Blacklock à 39 contre 1. Dans ces conditions pourquoi un Président s'y montrerait? Miser sur le mauvais cheval n'est pas bon pour l'image.

Etymologiquement, le mot handicap vient de l'anglais, «hand in cap» (la main dans le chapeau), ce qui équivaut à tirage hasardeux. Il s'agit d'égaliser les chances des chevaux en leur attribuant un poids selon leur mérite. Les meilleurs portent une montagne de plomb, tandis que les mollassons du jarret héritent d'un poids plume. En théorie, ce système démocratique doit permettre à tous les chevaux de finir sur la même ligne au terme de la course. En pratique, les aléas de la compétition, la forme saisonnière, l'aptitude au terrain, faussent cette mathématique de l'abstrait. Pour les entraîneurs, le jeu consiste à ce que leurs chevaux soient sous-estimés par les handicapeurs, seules personnes habilitées à établir une échelle de poids. Car ces «échellistes» de la performance se basent sur les résultats passés des compétiteurs, coupent et recoupent les arrivées, établissent des lignes, pour arriver à leur cotation plombée. L'entraîneur a plusieurs techniques pour déjouer l'interprétation du handicapeur. La plus risquée, car les commissaires ne somnolent pas toujours, est d'ordonner à son jockey de ne pas être à l'arrivée des courses préparatoires. L'accumulation de contre-performances fera que le handicapeur révisera son jugement à la baisse. Et le jour J, dans l'épreuve visée, le cheval «camouflé» se réveille, tout fringant de ses quelques kilos de poids mort ôtés.

Tout ceci n'est guère moral, mais en fin de compte, cette pratique étant généralisée, la plupart des candidats bénéficient plus ou moins d'une estimation sous-évaluée. Il faut aussi savoir que les handicapeurs administrent des «poids de méfiance» aux chevaux dont les entraîneurs les ont trop manifestement tournés en dérision par le passé. Les vrais turfistes, qui chaque jour étudient la ronde infernale de crinières échevelées, apprécient les handicaps car ils sont l'occasion de paris audacieux et d'espérance de gains coquets.

A la différence des courses de haies où tous les obstacles sont identiques, le Président est un steeple-chase, qui nous vient des Anglais amateurs de chasses au renard: pour suivre le panache roux, ils devaient franchir toutes sortes d'obstacles naturels. Plus que pour les courses de haies, où la vitesse (ou classe de plat) est primordiale, le steeple-chase exige du fond et une réelle aptitude au saut. Steeple, plus handicap, plus allocation au vainqueur, voici réunis les trois ingrédients qui font les grosses cotes. En 1956, le tiercé du Président aurait rapporté 32 millions d'anciens francs si un parieur avait trouvé la bonne combinaison. Les deux dernières cuvées n'étaient pas mal non plus. Un perspicace toucha 7,5 millions en 1995, et trois chevaux à plus de 40 contre 1 en 1996 firent trois heureux avec plus de 2,5 millions en poche chacun. Si le quinté du Président, très spectaculaire, n'est pas le Loto, il y ressemble parfois.

PL AT - dans HIPPISME