20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 14:24

 

4 octobre 1998

 

Le favori et son jockey-star remportent l'Arc-de-Triomphe. Sagamix, le missile gagnant de l'écurie Lagardère
 
Hier à Longchamp, juste avant le départ du prix de l'Arc-de-Triomphe, disputé par terrain collant, les spécialistes font la fine bouche. Gâtés par les trois dernières éditions qui consacrèrent trois cracks, ce 77e championnat des pur-sang, avec seulement quatorze partants, leur semble creux. Les turfistes, eux, sont ravis, puisque leur favori va l'emporter. A vrai dire, leur chouchou n'est pas le cheval vainqueur, Sagamix, un poulain gris foncé portant deux protège-boulets blancs aux membres postérieurs, particulièrement serein avant l'épreuve, mais plutôt son jockey, Olivier Peslier, coqueluche des parieurs français et... anglo-saxons, c'est dire son talent. Mental. Le cavalier possède le même mental que son partenaire: détendu, plutôt froid, il ne panique jamais et surgit toujours à point. En 8e position durant le parcours, en dehors du peloton, il s'est efforcé d'accompagner sa monture, de la «monter au bras» pour suivre le rythme. A l'entrée de la ligne droite, Happy Valentine, cheval de jeu de l'écurie mammouth des Al Maktoum (Libération de samedi), possède encore une belle avance. Peslier écarte tendrement Sagamix de la fureur de ses rivaux impatients, l'équilibre sans précipitation, puis lui demande à 400 mètres de l'arrivée de mettre son coeur dans la bataille. A cet instant, les carottes semblent cuites car Leggera, irlandaise à la crinière négligée, grande spécialiste des terrains bourbeux, s'échappe. Mètre après mètre, le couple portant la casaque grise et rose de Jean-Luc Lagardère comble son handicap et vient dans les ultimes foulées ajuster, d'une encolure, la pouliche. Tiger Hill, un allemand charpenté, est troisième, le flanc droit tout contre la corde. Coup du chapeau. A 25 ans, Olivier Peslier, double cravache d'or, vainqueur cette année du Derby d'Epsom, remporte son troisième Arc consécutif. En jargon hippique cela s'appelle un hat trick, soit le «coup du chapeau». Sagamix était le moins expérimenté. Seulement trois courses, mais autant de victoires. A défaut d'être invincible, il reste donc invaincu.

Cela met en relief le talent de son entraîneur, André Fabre, numéro un de la profession, qui sait mieux qu'aucun autre comment laisser fleurir un champion en herbe. Il sellait pour l'occasion son cinquième lauréat de l'épreuve. Maître d'oeuvre de ce trio d'as, Jean-Luc Lagardère, propriétaire-éleveur de Sagamix, a caressé dans le sens du poil toute son équipe. Aux journalistes qui s'étonnaient de ne pas voir l'entraîneur à ses côtés lors de la conférence de presse (Fabre est leur bête noire car il les évite royalement sous le prétexte qu'il n'a pas de temps à perdre), l'industriel dit: «Les hommes comme les chevaux, quand ils sont très bons, ont beaucoup de caractère. André Fabre aime davantage parler aux chevaux qu'aux hommes.» Pour transmettre son émotion de propriétaire, Lagardère, près de qui se tient son épouse, toute de gris perle et de rose tendre vêtue, enfile ses bottes d'éleveur: «J'ai choisi de marier les parents de Sagamix, je l'ai vu naître, grandir, alors, quand il est sur la piste, c'est une partie de moi-même qui galope. Là, je me sens acteur. Son père, Linamix, est un joyau. Les champions sont ceux qui ont l'orgueil et le coeur pour l'emporter.» On comprend que, dans le cas présent, sa joie n'est pas comparable à celles que lui ont apportées l'automobile ou le football, car «Sagamix fait partie de la famille»..

PL AT - dans HIPPISME