10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 14:47

Le 2 octobre 2000


Sinndar, l'altier gagnant de son altesse


Il est 14 h 15, hier à Longchamp, lorsque son altesse l'Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens, pénètre, anonyme, une mèche de ses cheveux quelque peu défaite dans l'enceinte privée de l'hippodrome du bois de Boulogne. Il arrive avec deux heures d'avance pour assister à la victoire lumineuse de la dernière perle de son élevage, Sinndar, cheval élégant qui tient son nom d'une petite montagne du sud de l'Irak. Un bai irlandais à la démarche quelque peu lymphatique. Ce vainqueur du derby d'Epsom et de celui d'Irlande s'est imposé à la manière des forts, prenant le relais de «son lièvre» dès l'entrée de la dernière ligne droite, encouragé de la voix par son jockey irlandais, Johnny Murtagh, pour contenir les attaques féminines et volontaires d'Egypband, une coquette aux allures de danseuse orientale et de Volvoreta, blonde appliquée aux sabots menus. Victoire limpide qui effaçait quelque peu la déception d'un public vieillissant de ne pas voir le favori Montjeu s'extirper de sa quatrième position. Jockey victorieux, Johnny Murtagh demandait à ce public de saluer son partenaire, à peine éreinté, retrouvant sa mine juvénile, petite touche ludique apportée par un losange de poils blancs en bout de chanfrein.

Remis en selle. Bonheur total pour ce cavalier âgé de 30 ans, qui n'a pas seulement remporté trois courses dans la même journée hier à Longchamp, mais qui a déjà remporté cette année trois épreuves de ses rêves les plus fous, lui, le jockey un temps turbulent qui préférait les haltes prolongées aux pubs à la griserie incomparable qu'offre une vie sur le garrot des coursiers. Au plus bas, il y a six ans, il revint auprès de son patron d'apprentissage, John Oxx, entraîneur du lauréat qui le remit en selle. A l'issue de la victoire, hier, Karim Agha Khan saluait cette confiance fraternelle, ce travail d'orfèvre, soulignant la difficulté de maintenir un pur-sang au top de sa condition durant une année pleine. Le descendant du Prophète, visage illuminé par la joie, refusait de comparer Sinndar à Shergar (crack enlevé et tué par l'IRA en 1986), rappelant seulement qu'il y a bien longtemps qu'il n'avait pas élevé un tel champion mâle sur la distance classique. «Cela fait trois générations que ma famille élève. Sinndar est le témoignage de la qualité de notre élevage durant toutes ces années. Mais cela ne me fait pas oublier l'importance qu'ont les femelles dans les succès de ma casaque. J'insiste, dit-il, en regardant le parterre de journalistes majoritairement masculin. J'insiste sur cette importance, car actuellement l'industrie est une industrie macho, et c'est une grosse erreur.» Il ne trouva personne pour relever le débat; c'est qu'il restait deux épreuves à courir... Il s'en fut alors, discrètement mais avec des semelles de vent....

PL AT - dans HIPPISME