10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 15:08

Le 28 janvier 2002


Varenne, toujours royal


Nul suspense hier à Vincennes au Prix d'Amérique. Le crack italien, Varenne, dit Il Capitano, a récidivé, menant la course quasiment de bout en bout, et laissant l'impression folle dans l'ultime ligne droite d'évoluer dans un monde à part de celui de ses 17 concurrents. A quelques heures du départ, il suffisait d'être devant son box pour s'en rendre compte. Son entourage, ses fans, ses journalistes, ses gardes du corps sont là. Ils sourient, rient et caquettent joyeusement. Avec, dans les yeux, des pétillements qui laissent penser qu'ils ont commencé à sabrer la victoire. Mais c'est surtout le visage du champion qui nous renseigne sur son état. Il est attaché, concentré, le poil lustré, les oreilles bouchées par du coton pour l'isoler du bruit.

Pointe de flèche. A l'évidence, il sait qu'il va prendre son 60e départ et remporter sa 50e victoire. On peut le voir dans ses yeux, ronds, grands, baignés d'une immense douceur. Il vous lance parfois une oeillade, mais, très vite, on perçoit qu'il tente de faire abstraction, d'oublier tous ces hommes qui devant son box sont heureux, certains de sa force. Nul stress ne se lit sur son visage. Son front porte une tache blanche, le dessin d'une pointe de flèche, son toupet est finement tressé et, à ses membres, sa palefrenière, Iina Rastas, s'active. Elle aussi est souriante, décontractée. Cependant, la blonde jeune femme, régulièrement, adresse une tape amicale, un mot d'encouragement à son animal qui aussitôt pivote ses oreilles vers elle.

Dans les tribunes, de nombreux drapeaux italiens tournent sous le ciel gris et bas. Les supporters français, eux, crient le nom de leurs chouchous: Général du Pommeau, le petit bai aux reflets abricot, ou Insert Gédé, un alezan brûlé anxieux.

A l'instant du départ, Giampaolo Minnucci les énerve: en quatre occasions, le driver de Varenne, impatient, crée un faux départ. La cinquième tentative est la bonne, mais le driver âgé de 35 ans ne sait pas encore que les commissaires vont le sanctionner d'une amende de 24 000 euros et d'un mois de mise à pied pour son empressement. Peu lui chaut, il prend les commandes de l'épreuve et ne les lâche plus malgré les barouds d'honneur d'Insert Gédé (3e), de Ipson de Mormal (4e) et du brillant blondinet, Grassano (5e).

Bientôt la quille. C'est avec deux longueurs et demie qu'il passe le poteau d'arrivée, tandis que Général du Pommeau s'empare de la deuxième place à la vitesse du vent, après avoir été quelque peu attardé dans le parcours. Varenne se jette dans les bras de sa lad tandis que ses propriétaires félicitent leur entraîneur, le Finlandais Jori Turja, à grandes tapes dans le dos. Avec les 400 000 euros de la victoire, le compte en banque du crack approche les 3,5 millions d'euros. Il lui reste une dizaine de courses à disputer. Ensuite, la quille, les pouliches pour lui, et les 20 000 euros de chacune de ses saillies à ses propriétaires qui ne sont pas près de faire la grimace.

PL AT - dans HIPPISME